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Fonta par lui-même.


Je ne sais pas si la vie a fait de moi un aventurier de l'Art, ou si la peinture dans son emploi" et sa traduction, est devenue en quelque sorte une ténébreuse aventure. Je n'ai rien appris de la manière d peindre, de dessiner; pas plus qu'on ne m'a indiqué les balbutiements du burin et de la pointe sèche. Pour tout dire, s'il y eut école, je le dois à quelques anonymes rapins, découverts au hasard du temps etdes rues. Mon admiration d'enfant devant les pâtes rutilantes !... C'est de cette époque que s'infiltre très certainement en moi cette frénésie de la peinture...



Un soir, je fis par hasard la connaissance de SOUTINE. Je lui confiai bravement mes inquiétudes, mes rares joies, et l'immense peine de peintre qui étaient en moi. Il voulut bien partager un peu de celle-ci, et me donner son avis sur mes maigres essais. Je lui dois d'avoir continué. Il me dit :

« Mon petit gars, il faut que tu saches bien qu'on doit d'abord apprendre à crever de peinture, avant de la vouloir vendre. Tu risques de te noyer dans un bouillon de crabes. »...



Après la guerre un Professeur des Beaux Arts me suggéra l'utilité d'une bourse militaire, pour poursuivre mon apprentissage, dans cette caserne d'enseignement national. Il me fallait donc obtenir l'accès d'un atelier, et l'approbation du patron enseignant. Je présentai à ce dernier quelques-unes de mes esquisses. Il hocha la tête silencieusement et me désigna une place dans l'atelier. Je pris siège au milieud'une vingtaine de bougres aux barbes étonnantes. Tous semblaient éprouver la joie identique de peindre. Le modèle ? Sorte de long Jésus,. anémique comme huit jours sans pain. Du nez et de l'œil je fis le tour du zèbre. De la peau et de la côte qui saille. Un autre regard sur les écoliers d'Arts, et je m'aperçus qu'en grande majorité, les lascards étaient affligés de la fureur de tout traduire en gris. Je ne suis pas. un réactionnaire. Je dessine l'échappe des oliviers, lui colle un pantalon qui lui fait gagner plusieurs kilos, le chausse, le chapeaute un

peu grand, lui ceint le torse d'un tricot marin. Avec du bleu, du jaune,.beaucoup de rouge, peu de noir, évitant de faire parler les gris. Je peins en clown. Quand le patron vint corriger l'atelier, il se planta derrière moi. Me demanda quelle était cette manière de peindre, où je l'avais apprise. Silence. Il me conseilla d'effacer rapidement cedégueulando de couleurs. Il m'indiqua Jésus, l'art et la manière de dessiner convenablement et académiquement un nu, et la subtilité des. tons mineurs. Il me dit de travailler dans ce sens, qu'il reverrait mon étude à la correction suivante.


En attendant je peignais, un autre clown. Quand le professeur, levendredi suivant vit ma toile et l'usage que j'avais fait de ses conseils, il me fit sage et ultime recommandation d'aller balayer la rue ; et surtout, d'éviter à l'avenir de salir des pinceaux....


                                                                                    Extraits de ses écrits " A coup de poing"







À propos

Artiste graveur et peintre du XXe siècle